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Pour ou contre l’Assurance Dentaire?

A l’inverse de nos voisins français, les Suisses n’ont pas d’Assurance Dentaire « de base » comprise soit dans leurs charges salariales soit dans leur cotisation à une caisse maladie. Seuls sont pris en charge les soins découlant d’une maladie grave et non évitable du système de la mastication.

De nombreuses initiatives cantonales (propositions de loi par canton, je fais la traduction pour les lecteurs français 😉 ) en réclament l’instauration. La Société Suisse des Médecins-Dentistes Suisse (SSO) a une position claire sur ce sujet, elle est CONTRE.

Mais pourquoi?
1 – En premier lieu, on nous dit que certains patients ont du mal à payer leurs factures de dentistes, que les soins sont onéreux et qu’il faudrait une prise en charge.
Le discours est le même dans tous les pays d’Europe (et surtout en France ces dernières années).
En Suisse, seuls 2,7 % des patients suisses renoncent à se rendre chez un médecin-dentiste pour des raisons économiques (source: OFS 2015).

Il faut savoir que les prix chez le dentiste font l’objet d’un accord entre la SSO et la Commission des tarifs médicaux, un nouveau tarif va d’ailleurs entrer en vigueur début 2018. Ce tarif prend en compte les modifications des données acquises de la Science et l’augmentation des coûts de fonctionnement des cabinets dentaires. Ce sont des prix réalistes qui permettent de réaliser des soins de qualité, avec du matériel de dernière génération tout en continuant à rémunérer correctement son personnel.

En France, les pouvoirs publics imposent depuis 30 ans aux dentistes un tarif des soins ne leur permettant pas de prodiguer des soins de qualité. Pour la prothèses, un règlement arbitral va entrer en vigueur en janvier 2018, les tarifs de prothèse leur seront également imposés, mais à des prix ne permettant même plus la fabrication locale des prothèses, des milliers d’emploi de dentistes, techniciens et d’assistantes dentaires sont en jeu.

Oui, les soins dentaires ont un prix, mais un cabinet est une entreprise, avec du personnel et des infrastructures. Et la qualité des soins en Suisse est en moyenne supérieure à ce que l’on trouve à l’étranger.

2 – De plus, les personnes dans le besoin (Assurance Invalidité, Hospice Général ou Service des Prestations complémentaires) bénéficient d’une enveloppe annuelle pour leurs soins médicaux.
Pour ces personnes, leur cotisation à une caisse maladie est prise en charge. Donc l’Assurance Dentaire par l’intermédiaire d’une caisse maladie serait une double perte d’argent.

3 – Ensuite, lors d’une consultation chez le dentiste, le patient et le praticien se mettent d’accord sur les travaux à effectuer, en fonction de l’âge du patient, de son état de santé, de ce qu’il a dans la bouche, de son niveau d’hygiène, de ses habitudes alimentaires, et aussi, de ses capacités financières.

Dès lors qu’une tierce personne se met entre le praticien et le patient, en l’occurence une éventuelle Assurance Dentaire, le libre choix thérapeutique n’est plus garanti. L’Assurance Dentaire aura un droit de regard sur le plan de traitement, basé sur l’argent uniquement.

4 – Enfin, le système de prévention bucco-dentaire est moralisateur et basé sur la responsabilisation des patients. Payer responsabilise.
Si un patient cotise à une Assurance, tout va lui être dû, et implicitement on va réduire sa motivation pour la pratique d’une bonne hygiène.

En conclusion, je citerai Infodents
« Les patients et la santé publique suisses disposent aujourd’hui d’un système de soins dentaires qui a fait ses preuves.
Une Assurance Dentaire obligatoire et dirigiste affecterait la qualité actuelle des soins individualisés, librement convenus par le patient et son médecin-dentiste. La médecine dentaire suisse est efficace et sociale et se passe très bien de toute obligation – coûteuse – de s’assurer. »

Et comme le disent mes confrères français, #dentger.

Sources:
Infodents
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